de jsk_a_mort le Lun Mai 14, 2007 19:05
MAHMOUD GUENDOUZ (ENTRAINEUR DE L'EN ESPOIRS) AU SOIR D'ALGERIE
“Notre championnat est une poubelle”
Finalement, c’est Mahmoud Guendouz, l’ex-libéro et capitaine des glorieux Verts de 1982 qui drivera l’EN espoirs pendant les Jeux africains. C’est une bonne nouvelle, tant ce gentleman du football a beaucoup donné au pays et a confirmé des qualités de meneur d’hommes, entre autres, à Martigues en France puis récemment au Liban où il était très apprécié. A la veille d’un premier regroupement de dix jours de la sélection espoirs, nous l’avons retrouvé avec son franc-parler habituel et ses vérités dérangeantes.
Le Soir : Mabrouk pour votre intronisation comme entraîneur de l’EN Espoirs.
Guendouz : Non, ce n’est pas “mabrouk” parce que c’est une lourde responsabilité et que la mission que l’on m’a confiée est loin d’être facile.
On vous a demandé de remporter les Jeux africains ?
Ecoutez, même l’Allemagne qui a organisé la dernière Coupe du monde chez elle n’a pas pu la remporter. Bien sûr, au cours de ces Jeux africains, en va évoluer chez nous et devant notre public, mais mon objectif essentiel, c’est de redonner de l’espoir à cette équipe nationale espoirs.
C’est une belle formule.
Elle veut bien dire ce que je veux faire comprendre aux gens.
Pourquoi avez-vous quitté le Liban où vous étiez très apprécié ?
J’ai interrompu mon expérience au Liban pour des raisons de sécurité pour moi et ma famille. On a vécu la guerre et ce pays connaît toujours une situation délicate. J’en avais assez de me réfugier à chaque fois en Syrie et j’ai donc décidé de m’en aller.
Le stage de l’EN espoirs va durer dix jours. Est-ce que ce n’est pas un peu trop long ?
Non, je ne crois pas.
Les joueurs risquent de trouver le temps long ?
Nous avons tracé un programme et ils ne risquent pas de s’ennuyer. Il est prévu des séances d’entraînement ponctuées de matches amicaux contre des équipes de Première division.
Parmi la liste des sélectionnés, il y a quatre joueurs du NAHD. Vous voulez en faire votre ossature ?
Effectivement, il y a quatre nahdistes, Attafen, Allag, Kheddis et Halliche, mais je dois vous dire que ce n’est pas moi qui ai confectionné cette liste, et c’est normal parce que je ne connais pas les joueurs de notre championnat même si je n’ignore pas ces éléments du NAHD que j’ai drivé en début de saison.
Justement, c’est vous qui avez lancé Halliche dont on dit que c’est le nouveau… Guendouz. Qu’en dites-vous ?
Moi, je n’ai fait que donner la chance à Halliche. Il était remplaçant et la question qu’il faut se poser, c’est de savoir pourquoi il n’était pas titulaire ?
On vous laisse le soin de répondre.
Que ce soit lui ou les autres comme Attafen ou Allag, ils n’étaient pas titulaires parce qu’ils étaient barrés par des “barons”. En outre, les dirigeants du club n’avaient pas l’intention de rajeunir l’équipe, mais ils se sont retrouvés devant le fait accompli parce que les titulaires avaient décidé de partir en raison de problèmes financiers. A ce moment-là, il fallait bien compter sur ces jeunes que personne n’attendait.
Et sur lesquels personne n’avait osé parier le moindre dinar en début de saison lorsqu’on avait fait appel à vous ?
Effectivement, les supporters avaient peur et pensaient que le NAHD allait jouer uniquement pour la relégation. Mais je leur avais dit de faire confiance aux jeunes et finalement je ne me suis pas trompé.
Alors Halliche, futur Guendouz ou pas ?
Pour le moment, je dirais qu’il y a beaucoup d’autres défenseurs en Algérie qui ont autant de qualités que Halliche. Ce dernier ne joue pas encore en sélection “A” et il évolue dans un championnat que je ne reconnais pas et qui est une véritable poubelle.
N’êtes-vous pas un peu trop sévère sur notre championnat ?
Je ne crois pas et c’est mon avis. Mais pourquoi une poubelle ? Parce que n’importe qui peut y venir travailler. Prenons l’exemple des entraîneurs étrangers qui se sont succédé à la tête de nos différents clubs. Une fois qu’ils partent d’Algérie, ils ne trouvent pas d’emploi ailleurs et ils restent ici pour trimer à travers les différentes formations où ils font n’importe quoi.
L’ESS est en finale de la Coupe arabe et la JSK est parmi les huit meilleures équipes d’Afrique. Notre championnat n’est tout de même pas aussi mauvais ?
La Coupe arabe est surtout une compétition lucrative où il y a beaucoup d’argent à gagner. Oui, la JSK est parmi les huit meilleurs, mais il n’y a aucun joueur de l’ESS ou de la JSK qui évolue comme titulaire en sélection nationale. Maintenant, et aujourd’hui, quand il y a un derby algérien et qu’il y a un match du championnat d’Angleterre programmé en même temps, vers quelle rencontre vont se diriger nos jeunes ?
Certainement vers l’opposition britannique ?
Ce n’est pas certainement, c’est sûr. Alors, moi je sais que mon franc-parler n’a pas plu aux différents présidents de nos clubs mais je me bats pour que notre championnat retrouve ses marques.
Est-il vrai que vous avez accepté de diriger l’EN espoirs sans être payé ?
Non, ce n’est pas du bénévolat. Quand l’actuel président de la FAF, M. Haddadj, m’a sollicité, il m’a clairement signifié que la fédération n’avait pas beaucoup d’argent. Par ailleurs, M. Tikanouine a insisté pour que j’accepte le poste. Alors, j’ai dit oui mais pour percevoir un salaire symbolique.
Qui se chiffre à combien ?
Je suis un homme correct et je ne veux pas parler de chiffres.
En tout cas, votre nomination a satisfait ceux qui disent que le football doit être confié aux héros de 1982 ?
Moi, je ne défends ni 82 ni 86. Je veux défendre le football algérien en redonnant espoir aux jeunes. Beaucoup d’entre eux veulent réussir à travers le foot soutenus par leur famille et il faut qu’ils aient une chance de réaliser leur rêve. C’est ma philosophie et le discours que je tiendrai.
Mais entre le discours et la réalité ?
Je crois qu’il faut y croire. D’abord nous avons une fédération qui a l’air d’être plus volontaire et plus travailleuse et plus sérieuse que les précédentes. Ensuite, je peux vous citer deux exemples vivants. Quand j’étais à Martigues, j’avais deux jeunes Maliens de dix-sept ans que j’avais lancés. Ils étaient venus en France avec leur famille pour réussir. Aujourd’hui, j’en suis fier puisque l’un d’eux, Fany, joue à l’OGC Nice et l’autre, Eric Chelle, à Valenciennes, c’est-à- dire deux clubs de l’élite française.
Propos recueillis par H.B.
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